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lundi 5 décembre 2016
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Remiremont – Conférence : le contexte paléo-environnemental du Lac de Noirgueux

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Le dimanche 15 mars 2015, le Centre de Géologie Terrae Genesis organisait une conférence exceptionnelle dans le cadre de son cycle 2014-2015 autour d’une problématique actuelle liée aux projets de certains élus de la région romarimontaine : le lac de Noirgueux. Pour s’assurer d’une impartialité totale grâce à une attitude rigoureusement scientifique, le modérateur Cyrille Delangle avait demandé au spécialiste incontesté de l’histoire géologique récente du Massif Vosgien de venir faire une communication à ce sujet : Dominique Harmand, professeur à l’Université de Lorraine. Et ce, sous l’œil attentif d’une assistance très nombreuse venue, malgré le beau temps, se serrer dans la grande salle de pétrologie, cette fois ci un peu trop petite…

L’objectif de la conférence était de reconstituer le passé de cette zone parfois encore méconnue de nos concitoyens dans les derniers milliers d’années, à savoir une période très récente à l’échelle des évènements géologiques terrestres. Commençons par la fin : le lac de Noirgueux n’existe plus aujourd’hui, mais a existé à la fin de la dernière glaciation, il s’agit donc en réalité du « paléo-lac » de Noirgueux. Le conférencier n’ayant pas résisté à noter qu’il existait encore bel et bien un glacier dans la zone concernée, sur la plaine d’Eloyes … Un paléo-lac est un lac « pro-glaciaire » : il s’étendait à proximité (spatiale et temporelle) de la dernière glaciation vosgienne. Un lac « post-glaciaire » est en revanche un lac actuel résultant de l’action ancienne d’un glacier : comme le lac de Gérardmer ou le lac des Corbeaux.

Les témoins de cette existence lacustre sont finalement assez nombreux mais parfois discrets ou masqués par la végétation et les constructions récentes. Etudiés au départ par Seret et Flageollet (disparu en novembre 2014), on trouve encore des coupes témoins dans l’exploitation de granulats du Beillard, ou boulevard Thiers à Remiremont où en 2009 l’Association des Géologues du Bassin de Paris avait pu observer un empilement remarquable de strates obliques composées de galets, graviers et sables, interprété comme des sédiments « glacio-lacustres ». Bilan de ces indices : la reconstitution du paléo-lac de Noirgueux nommé ainsi par l’emplacement de son barrage au niveau de la moraine frontale du glacier considérable de la Moselle (40 kilomètres de longueur). Le glacier ayant fondu, il reste une surface d’eau liquide en amont du barrage : c’est le paléo-lac de Noirgueux. Le domaine submergé par les eaux était étendu, recouvrant en partie ou totalement les communes de Saint-Nabord, Saint-Etienne-lès-Remiremont, Remiremont, Vecoux, Dommartin-lès-Remiremont, Saint-Amé, Le Syndicat et Vagney. Ainsi, Dominique Harmand propose le nom plus réaliste de « paléo-lac de Noirgueux-Vecoux-Vagney » pour se conformer à son extension réelle, avec une cote maximale atteignant 407 mètres d’altitude, soit 33 mètres au-dessus du niveau actuel de la Moselle. Suite logique de l’histoire, une telle rétention d’un tel volume d’eau va exercer des pressions sur le barrage morainique et faire céder peu à peu celui-ci, favorisant une vidange progressive des eaux lacustres pour passer au régime fluviatile actuel bien connu de la Moselle. Quant aux dates, toujours délicates à mettre en place, paradoxalement dans un domaine géologique aussi récent, on peut estimer que le retrait du glacier de la Moselle et donc de la formation du lac se sont déroulés il y a environ 22 000 ans, et que la vidange est intervenue autour de 15 000 ans.

Très applaudi par le public présent, où un certain nombre d’élus responsables s’étaient glissés, Dominique Harmand s’est ensuite volontiers prêté à une belle séance de questions qui ont porté sur des domaines variés, mais indicateurs des interrogations légitimes de la population locale : la surface projetée du « néo-lac » de Noirgueux (bien entendu considérablement inférieure à son ancêtre …), les problèmes hydrogéologiques et climatologiques, les compatibilités d’un tel projet d’envergure avec le classement national en Conseil d’Etat du géomorphosite, et le classement en zone Natura 2000. Mais dans tous les cas, une discussion scientifique et constructive dans une ambiance d’échanges des connaissances et des savoirs de chacun.

Notez dans vos tablettes la dernière date du cycle de conférences 2014-2015, le dimanche 5 avril à 16 heures, où Laurent Kopp proposera : « La construction des routes : une aventure géologique ».

Merci à Cyrille Delangle pour son commentaire très averti !




2 réactions sur “Remiremont – Conférence : le contexte paléo-environnemental du Lac de Noirgueux

  1. Gilles CHIPOT

    Lobbying de derrière les fagots pour nous vendre le projet de Lac Artificiel de Noirgeux comme un retour aux origines d’il y a 15 000 ans….
    Il ne reste plus qu’à recréer dans la vallée des lacs le glacier qui il y a quelques milliers d’années la recouvrait et remettre en activité les volcans de la chaîne des Puys .

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  2. Dinkel René

    L’objectif de la conférence était de reconstituer le passé de cette zone, que Dominique Harmand, a finalement appelée « paléo-lac de Noirgueux-Vecoux-Vagney ». Elle se situait – comme il l’a rappelé – à 407 mètres d’altitude … soit 33 mètres au dessus du niveau actuel de la Moselle ! Ce rappel historique d’un professeur d’université connu dans ce milieu universitaire ne pouvait donc pas (sic) viser à favoriser la reconstitution du niveau de l’ancienne glaciation il y a environ 22 000 ans…

    Le lac de Noirgueux, prévu pour s’étendre sur environ 170 hectares, serait situé en amont du goulet de Noirgueux à l’emplacement où effectivement a existé autrefois un lac glaciaire, zone en partie couverte par la protection de la Moraine de Noirgueux. En superposant la cartographie initiale du projet de lac, avec celle des 90 hectares de partie protégée de la moraine, on peut estimer approximativement que le barrage et 40 hectares environ du lac seraient inclus dans le « site classé de la moraine ». 

    Le projet de lac qui se situerait à 379 m NGF d’altitude n’est donc … qu’une goutte d’eau par rapport à la situation il y a 22 000 ans …
    Difficile dans ces conditions de parler d’un Lobbying (l’activité de lobbying consiste « à procéder à des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l’élaboration d’un projet »). Mais on peut affirmer, sans risque de se tromper, que les informations répondaient à un réel besoin d’information scientifique, précise et objective.

    Comme le souligne l’article sur wikipédia ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Lac_de_Noirgueux ) dont je reprends quelques informations qui y sont développées « le classement de ce site majeur ne doit pas être considéré comme une entrave au projet de création de lac, mais constitue au contraire un atout supplémentaire d’intérêt touristique à préserver et mettre en valeur de manière toute particulière pour que les conditions de réalisations soient une référence. La protection au titre du code de l’environnement est régie par les articles L 341-1 à L341-22 de ce même code. Il s’agit d’une servitude d’utilité publique annexée aux documents d’urbanisme et opposable au tiers. Toutes modifications ou travaux en site classé doivent faire l’objet d’une autorisation spéciale (préfectorale ou ministérielle). Comme l’avait déjà souligné en 2013 Jean-Claude Flageollet, professeur de géomorphologie, qui avait engagé dès 2009 la procédure de classement à titre scientifique du site, « ce classement a pour objectif de maintenir les caractères du site, fleuron des moraines vosgiennes. Tous les travaux sont en principe soumis à autorisation préfectorale et ne sont permis que s’ils s’y intègrent convenablement ».

    Le massif vosgien recèle une diversité de cirques glaciaires renfermant de nombreux lacs et plans d’eau : Lacs, étangs, rivières, cascades … Alors que certains lacs ont conservé leur vocation millénaire de production piscicole d’autres ont été convertis pour les loisirs et aménagés afin de permettre la pratique de la baignade et autres loisirs nautiques. Les nombreux lacs sont en effet majoritairement artificiels à l’exception de quelques grands lacs comme Gérardmer, Longemer et Retournemer.
    L’idée de créer des retenues d’eau dans les cirques glacières, et la surélévation des digues naturelles dans le but d’accumuler des réserves d’eau n’est donc pas récente ! comme on peut le constater avec les barrages réalisés dans la vallée glaciaire de la Wormsa (site classé) : lacs du Fischboedle, du Schiessrothried et de l’Altenweiher, sur la commune de Metzeral dans le parc naturel régional des ballons des Vosges. Le lac du Ballon, aménagé sous Vauban en 1669, afin de permettre l’alimentation en eau du canal de Neuf-Brisach en est un autre témoignage historique… Tous ces travaux ont finalement permis de réguler l’écoulement des eaux au cours de l’année, pour les activités humaines des vallées ».
    Les études de faisabilité qui devraient être actualisées et enrichies, en intégrant toutes les contraintes techniques é, écologiques, administratives … et financières fourniront les informations à une décision mûrement réfléchie en toute transparence. Donc attendons de prendre connaissance de ces études pour juger.

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