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mardi 6 décembre 2016
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Remiremont – Une cérémonie très suivie en souvenir des victimes et héros de la déportation ce dimanche A Remiremont, ce sont 41 Romarimontains qui ont été arrêtés, internés à Drancy puis exterminés à Auschwitz entre 1943 et 1944.

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Edité par D.J.

Photographies : Jean-Claude Olczyk.

Sous la conduite du maire Bernard Godfroy, de nombreuses autorités civiles et militaires ont pris part, comme chaque année lors du dernier dimanche d’avril, à la cérémonie en souvenir des victimes et héros de la déportation au cimetière. Devant le Monument aux morts puis au cimetière militaire.

Une gerbe et un coussin de fleurs ont été déposés sous la plaque commémorative des Israélites de Remiremont déportés à Auschwitz par le maire et Paulette Devaux, veuve de Norbert Devaux, ancien déporté, du capitaine Arnould, de la compagnie de gendarmerie, du chef Thiriet, de l’escadron mobile de Saint-Etienne-lès-Remiremont, de Philippe Guillaume, représentant des sapeurs-pompiers, et du major Ruben, du commissariat de .

« Nous célébrons le souvenir des héros et des victimes de la déportation » a rappelé Henri Piaget, chef de protocole. « Remiremont, comme des milliers de villes et villages français, va s’associer à l’hommage de la partie aux victimes du nazisme ».

Empreinte de recueillement, cette cérémonie honorait solennellement celles et ceux qui ont connu la déportation, ont vécu l’horreur des camps de concentration, ont été marqués à jamais par la souffrance, la mort… Des victimes dont le nombre est estimé à plus de 100.000 dans l’hexagone.

Des mots forts ont été déployés lors des allocutions prononcées à l’Hôtel de Ville.

Dans son discours, le maire a adressé ses remerciements aux personnalités civiles et militaires, à la participation de la musique municipale et aux personnes présentes.

 

Retrouvez le diaporama de la journée sous le discours du maire.

 

Allocution de Monsieur Bernard GODFROY

Maire de REM1REMONT

Mesdames et Messieurs,

En ce dernier dimanche d’avril, comme chaque année, nous voici réunis pour rendre hommage aux victimes et aux heros de la Déportation.

Il y a tout juste 70 ans, les troupes alliées, s’enfonçant toujours plus loin dans une Allemagne nazie à genoux, mettaient à jour l’impensable, le plus effroyable des crimes contre l’Humanité, perpétré par les hommes eux-mêmes.

Aujourd’hui encore, la simple mention des «camps de concentration et d’extermination» nous renvoie immanquablement aux images terribles de ces ombres vivantes errant parmi les morts, qui ont fait hurler d’horreur, de honte et d’indignation, le monde enfin libre.

Ces enfers terrestres avaient pour noms Auschwitz-Birkenau, Buchenwald, Ravensbruck Tréblinka, Dachau… pour ne citer que les plus tristement célèbres. Ils sont devenus, avec le temps, les symboles honnis de la folie destructrice engendrée par le fanatisme.

Dans ces lieux de barbarie, périrent dans des tourments effroyables plus de 5 millions d’êtres humains : hommes, femmes, enfants et vieillards, tous jugés coupables sans autre forme de procès pour avoir été résistants, juifs, russes, polonais, opposants politiques, intellectuels, tziganes, homosexuels, religieux… tous brisés physiquement et mentalement par la torture et le travail.

En dépit de leur courage, de leurs espoirs et de leur désir de vivre, ils ne seront qu’une poignée à revenir de ce cauchemar.

Avec l’instauration, en 1942, de la « Solution Finale», l’abomination gagne encore du terrain. Poursuivant son rêve dément d’aryanisation de tout le Reich, de « purification de la race », de «Lebensraum », cet « espace vital » réservé à un peuple supérieur – le sien – , Hitler ordonne alors l’extermination méthodique des Juifs d’Europe. Traqués puis déportés ou assassinés sur place, six millions de Juifs périrent ainsi en seulement 3 ans. soit les deux tiers des Juifs vivant en Europe en 1939.

Dans notre ville, ce sont 41 Romarimontains qui ont été arrêtés, internés à Drancy puis exterminés à Auschwitz entre 1943 et 1944.

Comment après cela oublier et pardonner ? Dans sa préface au livre «La Déportation». Louis Martin-Chauffier apporte la réponse suivante :

«On ne doit pas répondre à la violence par la haine. Mais l’oubli serait démission et le pardon offense à la justice et injure aux victimes. (…)

On ne peut pas oublier tout ce qui s est commis, parce que tout peut recommencer, dans des conditions analogues

Ce livre a été rédigé en 1967, 22 ans après la fin de la guerre. 48 années plus tard, les événements terrifiants qui ont récemment bouleversé le monde viennent lui donner raison.

Les horreurs qui sc sont commises et qui se commettent encore à l’abri des regards dans bien des endroits du globe, la résurgence dans nos démocraties de cette idéologie fasciste et raciste, de ces ferments de haine, de cette légitimation de­là violence au nom de je ne sais quel idéal… tout cela doit nous inciter à raviver la flamme du souvenir et à lutter de toutes nos forces pour qu’elle ne s’éteigne jamais.

Le sacrifice de tant de vies innocentes ne doit pas être vain. L’affront de l’oubli ne peut s’ajouter à l’injustice de leur mort.

Aujourd’hui, grâce à ces victimes autant que ces héros de 39-45, ces hommes et femmes de grande valeur qui nous ont précédés, nous connaissons le pouvoir de la volonté pour inverser le cours des choses, pour renverser un ordre qui bafoue les lois et piétine la dignité humaine.

Aujourd’hui, instruits par l’Histoire, nous savons qu’aucune dérive, aucune faiblesse n’est acceptable.

Nous savons comment P horreur fait ses premiers pas.

Nous savons où conduit la faiblesse et la complaisance des nations.

Nous savons que rien n’est banal ou anodin en termes de violence, de censure et d’exactions.

Car non, l’Histoire n’est pas faite de “détails”, que l’on peut balayer d’un revers de main et oublier.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous permettre de détourner le regard.

Nous savons où conduisent les idéologies extrémistes.

Nous savons mais cela n’est pas suffisant : nous devons traduire cette science en actes.

Alors certes, il est bien plus facile de céder aux sirènes de la surenchère, de l’escalade, que de répondre par le bon-sens, l’intelligence et l’apaisement.

Il est si tentant de reléguer le pacifisme au rang de lâcheté ou au mieux, d’utopie. Pourtant, il ne s’agit pas de tendre perpétuellement la joue gauche ou de subir, bien au contraire.

Mais la loi du Talion ou celle du plus fort ne devraient plus avoir droit de citer dans des nations dites civilisées, évoluées et heureusement, certains combats n’ont pas pour but l’anéantissement de l’autre.

Ceux-là ne font pas de victimes, si ce n’est l’orgueil et l’égoïsme. On y manie des armes qui peuvent certes blesser mais qui en aucun cas ne sèment la mort.

Ces combats se mènent dans les familles, à l’école et au quotidien, à coups de Savoir et de mots.

Ils font partie inhérente de l’éducation de nos enfants et de notre construction personnelle tout au long de notre vie.

Ils participent à la transmission de valeurs saines et fédératrices.

Ils sont la plus belle part de notre humanité, notre patrimoine commun et notre fierté.

Ce sont ces combats-là qu’il nous faut mener, et avec la plus grande détermination.

Chacun de nous, à son échelle, doit défendre avec toute son énergie et son coeur les convictions héritées de notre longue Histoire : la liberté, l’égalité et la fraternité, mais aussi la démocratie et la paix.

Ce sont des conquêtes de chaque instant, dont le tribut passé fut bien trop lourd : celui de générations sacrifiées.

Alors en ce jour d’avril 2015, dans cette Europe quelque fois malmenée mais enfin réconciliée, nous sommes venus exprimer et transmettre aux générations futures le message de la France : un message d’humanisme, un message aussi, de fidélité à nos convictions républicaines ; un message enfin, de volonté et d’espérance.

Vive la République, vive l’Europe et vive la France !




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