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samedi 3 décembre 2016
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Parution – Raymond Perrin publie un essai sur Pierre Pelot

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Pierre Pelot L’écrivain raconteur d’histoires.
Raymond Perrin Éditions L’Harmattan, avril 2016, 392 pages dont 24 pages d’illustrations.

Il y a 50 ans, Pierre Pelot publiait son premier roman. Il est donc pertinent de rendre compte du long cheminement multigenre du plus grand écrivain contemporain vosgien.

Que l’auteur de l’essai fasse  le pari audacieux de présenter l’œuvre intégrale de Pierre Pelot en quelque 400 pages étonne moins quand on connaît ses travaux pour la connaissance de l’écrivain vosgien.

Après une première synthèse parue dans Les Cahiers de l’imaginaire en 1985, dix ans plus tard, dans Les Cahiers vosgiens l’essayiste publie « Pierre Pelot Chasseur d’histoires ». Il propose encore dans le recueil de nouvelles L’Assassin de Dieu, une bibliographie commentée des 150 romans publiés en 1998. Il a souvent abreuvé l’indispensable site « EcriVosges » animé par Bernard Visse de divers travaux, comme Le lexique vosgien, les régionalismes lorrains et quelques traditions locales dans les romans de Pierre Pelot.

Rien de plus naturel qu’après plus de quatre décennies de fréquentations des récits pelotiens, il écrive une approche raisonnée de toute une œuvre aussi immense que fortement imaginative de « l’ogre » de la Haute Moselle.

« Raconteur d’histoires », l’écrivain Pierre Pelot l’a toujours été mais aujourd’hui, c’est l’écrivain qui est traduit dans de nombreuses langues et unanimement reconnu.
L’écriture de romans populaires et de récits présents dans les collections destinées à la jeunesse ont retardé l’accession du grand public à son œuvre.

Or, livre après livre, Pierre Pelot n’a cessé près de deux cent fois de remettre « l’ouvrage » « sur le métier ».

De 1966 à aujourd’hui, chaque décennie a imposé une image différente et  schématique du romancier. Après une brève expérience dans la bande dessinée et les encouragements d’Hergé, le père de Tintin, les années 60 sont surtout celles des premiers romans westerns (à partir de La Piste du Dakota) et de la série Dylan Stark, un antihéros  métis franco-indien errant au lendemain de la Guerre de Sécession. Il introduit dans ses récits sa connaissance profonde de la conquête des Etats-Unis. Pierre Pelot contribue, dans les années 70, à l’essor des romans et collections pour adolescents en abordant, dans des romans inspirés par le terroir vosgien (comme Le Pain perdu, Le Pantin immobile, Fou comme l’oiseau, trois récits adaptés à la télévision), des thèmes jusqu’alors absents, comme la solitude de la vieillesse, l’amitié trahie, l’intolérance ou la marginalité… Il situe volontiers ses récits dans les montagnes en rondes bosses et les paysages en pente douce de Saint-Maurice-sur-Moselle et des environs.

Dès 1972, Pelot, d’abord sous le pseudonyme de Pierre Suragne, s’illustre en écrivant de remarquables paraboles de science-fiction, comme Transit, Delirium Circus, couronnées par des prix. Il n’a pas tardé à s’ouvrir aux séries et aux cycles du genre, en particulier à travers le cycle Les Hommes sans futur, avant de s’essayer aussi avec succès au fantastique.

Le polar et le roman noir l’attirent à leur tour. Le cinéma a amplifié le succès de L’Été en pente douce et la bande dessinée de Baru, celui de Pauvres zhéros. Changeant une fois de plus son fusil d’épaule, depuis Le Rêve de Lucy jusqu’à la saga en 5 tomes Sous le vent du monde, Pelot aborde ensuite le roman préhistorique, avec la collaboration scientifique d’Yves Coppens. La littérature dite « blanche » ou « générale », pourtant présente au cœur des années 80, par exemple grâce à Elle qui ne sait pas dire je (Plon) et Si loin de Caïn (Flammarion), n’est guère perçue par la critique qu’au début du XXIe siècle, surtout à l’issue de l’écriture de son chef-d’œuvre : C’est ainsi que les hommes vivent, une vaste fiction historique. Au début du XXIe siècle, des romans parus chez Héloïse d’Ormesson, comme L’Ombre des voyageuses, Les Normales saisonnières ou Maria sont remarqués par la critique et Pelot multiplie les références autobiographiques dans Méchamment dimanche (Prix Marcel Pagnol) ou La Montagne des bœufs sauvages, hymne lyrique à sa région des Hautes Vosges.

Pour aller plus loin que des vues simplistes et restreintes, dues à des lectures parcellaires et hasardeuses, il convient d’ajouter au panorama des œuvres pelotiennes, outre le conte pour enfants, les pastiches et les parodies du western et de l’héroic fantasy (Konnar le barbant), les chroniques, les nouvelles. Toujours soucieux de ne vivre que de sa plume, Pelot a étendu le champ de l’écriture au roman de littérature générale, aux pièces de théâtre (qui sont parfois devenues des romans très travaillés, comme La Ville où les morts dansent toute leur vie), à la peinture, et, – retour aux sources -, au scénario de bande dessinée, sans négliger non plus les scénarii pour la radio, le cinéma, la télévision et les novélisations (comme celle très réussie pour Le Pacte des loups)…

Brisant le cliché de l’ermite vosgien « muet » caché dans son repaire de Saint-Maurice-sur-Moselle (son village nommé ou caché dans 33 romans), le romancier a multiplié les séances de dédicaces, répondu aux invitations des radios et télévisions, acceptant volontiers de participer au F.I.G. (Festival International de Géographie de Saint-Dié) et aux Imaginales d’Épinal, à des salons littéraires, comme Le Livre sur la Place de Nancy, L’Été du livre de Metz, en passant par Paris, Colmar ou Saint-Louis…

Pelot a créé des personnages plus nombreux que les habitants de son village. Quel marathon époustouflant pour ce romancier prolixe et protéiforme !

Preuve que Pelot est l’auteur d’une œuvre aussi diverse que généreuse, aussi multiple qu’elle est surprenante, il aura fallu trente pages pour présenter la seule bibliographie chronologique de ses romans (aujourd’hui souvent numérisés chez Bragelonne).




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