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jeudi 8 décembre 2016
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La Bresse – Masques africains et art primitif, une table ronde riche en découverte et en émotion

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Des invités de prestige étaient autour de la table dimanche 11 septembre 2016 à la Maison de La Bresse, pour discuter des masques africains et de l’art primitif.

Le premier, Gilbert Laloux, est un artiste belge de renommée internationale, animateur d’émissions culturelles à la radio belge. Il clôturait là son exposition de 10 semaines à la Maison de La Bresse.

Le second, Chyc Polhit, conteur gabonais, est aussi un intellectuel reconnu pour sa connaissance des cultures des différents groupes ethniques du Gabon, des masques, et de la spiritualité animiste.

Le troisième, Paul de Zardain, amérindien, a été grand reporter entre autres pour le magazine américain Forbes, et est aujourd’hui analyste économique et consultant spécialisé dans les questions de transparence, de pouvoir et de corruption. Il a également travaillé pour différentes industries pétrolières et est désormais rattaché à une structure fédérale américaine. Fin connaisseur du Moyen-Orient et du Gabon (pays pétrolier), il maîtrise 9 langues et leurs cultures (anglais, espagnol, français, allemand, russe, arabe, perse…).

Enfin, le musicien et conteur guyanais Thierry Boecasse, maître en instruments ethniques africains, s’est ajouté au dernier moment aux intervenants.

En introduction, Chyc Polhit a fait le point sur la situation politique tendue au Gabon, où la démocratie n’a jamais été tant bafouée qu’aujourd’hui, et où les morts et disparus se multiplient.

Puis le sujet a été lancé par un conte africain de Chyc Polhit accompagné de Thierry Boecasse à la kora, à l’ngoni, et à la flûte peule.

Définir l’art primitif, revendiquer l’appellation « art nègre », se questionner sur la notion de « primitif », tels ont été en substance les premiers débats : la culpabilité des colons, le sentiment de supériorité des Occidentaux ou la crainte de verser dans le racisme empêche souvent de libérer la parole, tandis que beaucoup d’intellectuels noirs revendiquent leur négritude. Le sentiment d’être autochtone est différent selon que l’on est occidental ou non : les ethnies gabonaises comme les Punus sont considérés comme autochtones par les Européens, alors qu’un Punu considèrera que seuls les Pygmées le sont ; les Indiens d’Amériques sont officiellement appelés « Native American », comme si les autres Étatsuniens n’étaient pas nés sur ce territoire…

Les masques ont ensuite été au coeur des discussions : leur aspect esthétique fait de dépouillement, de simplification des formes, très contemporaines, leur vocation utilitaire et non artistique, leur esthétique très symbolique.

Ainsi le blanc est la couleur du lien entre les morts et les vivants, très utilisé pour des masques apaisants. Le rouge est la couleur des menstruations féminines dans une société matriarcale. Le noir, symbole de la justice, sert surtout aux des masques judiciaires, dont l’esthétique moins harmonieuse peut être effrayante, et qui dénoncent les coupables.

Les yeux sont particulièrement intéressants : tantôt perçants pour que les spectateurs se sentent visés, tantôt semi-clos pour inviter à une réflexion intérieure. Ils peuvent être marqués de symboles d’appartenance à un groupe ethnique, comme des scarifications, ou les 9 losanges des Punus.

Gilbert Laloux a développé l’influence de ses masques sur l’art européen du 20e siècle (Matisse, Picasso et bien d’autres avant eux), tandis que Chyc Polhit précisait que les masques n’étaient jamais vraiment effrayants au Gabon, où tout est plutôt évoqué par les symboles et l’esthétique que dit de manière brutale comme dans ceux d’Afrique de l’Ouest.

L’art ne se limite pas aux masques : la musique est une composante essentielle de ces sociétés, c’est pourquoi elle a été très présente pendant cette table ronde. Ainsi, les Pygmées excellent en musique : écouter une musique pygmée est une expérience inoubliable, mais non inscrite dans la durée, éphémère par définition. Dans les autres
ethnies, les masques ne sont qu’une part de l’ensemble du rituel, mais d’autres éléments (échasses, instruments) ont un sens aussi important. Chyc Polhit a notamment fait une démonstration avec un kul (une forme de cithare monocorde) constitué d’une calebasse représentant la femme et d’un manche représentant l’homme, imbriqués l’un dans l’autre et relié par une corde. Le son de cet instrument à corde et à percussion dépend de la tension entre le masculin et le féminin…

La table ronde s’est refermée sur une chanson improvisée par Chyc Polhit et Thierry Boecasse.

Même si le public était peu nombreux, les interminables applaudissements, debout, ont salué tout à la fois Gilbert Laloux pour son exposition et les 4 intervenants pour la qualité de leurs propos.

Photographies : mairie de La Bresse et Paul Ducret.

 




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